KINESITHERAPIE DE L'ATM APRES CHIRURGIE ORL
Une telle rééducation fait toujours suite à un bilan complet de la sphère oro-faciale
qui répertorie et quantifie les déficits. Il s'agit plus ici d'une atteinte
péri-articulaire qu'articulaire.
Bilan
L'implication psychologique est majeure, le vécu du handicap est une composante
essentielle d'une réhabilitation satisfaisante. Dans cette chirurgie, le patient doit
impérativement reconstruire sa représentation de l'espace endo-buccal et facial.
Il faut mettre en oeuvre un travail gnosique en vue de préserver la proprioception
restante et parallèlement développer certaines habitudes de contact et de posture.
La perte de mobilité des structures préservées de la chirurgie est importante.
Elle a tendance à se fixer rapidement. Toute absence, voire même retard de mise en
oeuvre d'une rééducation adaptée, nous placera devant une raideur. Il nous faut
donc impérativement récupérer un maximum de mobilité de tous les éléments et retrouver
les fonctions de tous les éléments.
Dans l'idéal, nous débuterons la rééducation précocement au 5, 6, 7e jour après
l'intervention et recourrons à la:
- mobilisation passive;
- mobilisation active;
- mobilisation active résistée;
- contraction évoquée.
Une rééducation mise en oeuvre secondairement nous amènera à traiter des « séquelles ».
Nous serons alors confrontés à une raideur fixée.
Diduction et rétropulsion ne sont que peu et rarement affectées. Il s'agit donc de
veiller à récupérer impérativement:
- l'ouverture buccale;
- la propulsion.
Ceci afin de combattre:
- les troubles de la mastication;
- les troubles de la déglutition;
- les troubles de la respiration;
- les troubles de l'élocution.
Cette rééducation consiste bien évidemment à faire le bilan de toutes ces fonctions
en veillant à n'omettre la mobilité du rachis cervical qu'il faudra récupérer.
Deux cas illustrent nos propos (encadrés 3 et 4).
ENCADRÉ 3: Bilan de Denise L.
52 ans (et figure 14)
Pathologie: A été prise en charge en kinésithérapie 3 ans après un pharyngo-laryngectomie
et évidemment cervical traditionnel, suivi de radiothérapie à champ large (sans
rééducation de J 0 à 3 ans hormis rééducation de la déglutition par une orthophoniste).
| Test effectué |
Mesures |
Mesures +10 séances |
|
| Ouverture buccale |
7 mm |
17 mm |
| Diduction gauche |
2,5 mm |
|
| Diduction droite |
4 mm |
|
Commentaires: = langue 1, rachis cervical 2, ceinture scapulaire 2, palpation de
la face hyperalgique, contracture des trapèzes... La rééducation a consisté en
massage décontracturant de la région cervicale, mobilisation et tonification de
la ceinture scapulaire. La rééducation propre de la face a veillé à récupérer la
mimique. Ce réapprentissage s'est déroulé devant la glace à base de prise de
conscience des déficits de la mimique.
Le résultat médiocre est dû à la mise en place tardive de la kinésithérapie.

Figure 14. Exemple de bilan.
ENCADRÉ 4: Bilan de Jean G.
51 ans
Pathologie: Nous a été adressé 12 mois après avoir subi une laryngectomie totale avec
évidement cervical fonctionnel et radiothérapie, sans rééducation précoce.
| Test effectué |
Mesures |
séancees 5 |
séancees 10 |
séancees 25 |
séancees 40 |
|
| Ouverture buccale |
7 mm |
2 mm |
8 mm |
26 mm |
36 mm |
| Diduction gauche |
3 mm |
1 mm |
2 mm |
3 mm |
4 mm |
| Diduction droite |
2 mm |
1 mm |
2 mm |
4 mm |
5 mm |
Commentaires: La palpation faciale s'est révélée hyperalgique, les muscles de la
région cervicale contracturée..., la mobilité cervicale limitée...
Le traitement a consisté en:
- récupération de l'ouverture
+ en actif
+ en actif résisté
+ en travail musculaire excentrique (pour son
action sur le tonus musculaire au niveau du réflexe myotatique: en majorant la
stimulation des organes de Golgi qui lutte contre l'hypertonie.
+ en passif
- récupération des diductions
+ en actif
|
|
+ en actif résisté
+ en passif
- amélioration du désenclavement condylien
+ par mobilisation passive
- massage
+ défibrosant des zones cicatricielles et péri cicatricielles
- massage de la région cervicale
- massage de la face: des muscles de la mimique;
des muscles releveurs (avec prise intrabuccale).
|
NB: La régression lors des 5 premières séances s'explique en tant que réponse à une agression.