Le système de contrôle
Au niveau des ATM et de leurs muscles, des fuseaux
neuro-musculaires rendent compte de l'état d'étirement et
de relâchement. Le ligament alvéolo-dentaire transmet des
influx kinesthésiques permettant un dosage des pressions musculaires.
Il est secondé par l'innervation de la capsule, des ligaments et
de la synoviale. Les informations afférentes gagnent les noyaux
masticateurs de la région bulbo-protubérantielle d'où
les ordres efférents sont véhiculés par la racine
motrice du V.
Le contrôle de la posture et des mouvements mandibulaires se fait
par réflexe monosynaptique trigéminal : réflexe proprioceptif
musculo-musculaire.
Les appareils récepteurs sont les corpuscules de Golgi des tendons,
propriocepteurs dont les influx empruntent les voies de la sensibilité
générale, en relation avec le ganglion de Griser, ainsi
que les fuseaux neuro-musculaires qui incluent une fibre proprioceptive
dans les fibres motrices, conduisant au noyau du V.
Le réflexe trigéminal, monosynaptique, maintient la position
de repos mandibulaire, résultante de réflexes antagonistes.
Phénomènes mécaniques
Étude cinétique
Mouvements verticaux
Ils résultent de la combinaison de mouvements de translation du
condyle et de rotation du condyle.
• Abaissement de la mandibule Ce mouvement entraîne l'ouverture
buccale dont l'amplitude s'évalue par la mesure de la distance
entre les bords tranchants des incisives centrales supérieures
et inférieures (figure 6).
Le point de départ est la position d'occlusion centrée,
le condyle mandibulaire étant alors niché dans la cavité
glénoïde, séparé de la paroi osseuse par le
ménisque contre lequel il n'appuie qu'à peine. Le point
de départ peut aussi être la position de repos physiologique,
le condyle étant alors légèrement avancé.
Cette ouverture se fait en 3 temps:
- rotation : sous l'action des abaisseurs, il s'opère un abaissement
de la mandibule avec une rotation du condyle mandibulaire autour de son
axe transversal, vite limitée par la tension du ligament collatéral
latéral correspondant au passage de la position d'occlusion centrée,
à la position de repos avec désenclav ment du condyle (20mm);
- translation : dans un second temps, le condyle poursuit sa rotation
tout en glissant contre le plan temporal qui le propulse en bas et en
avant d'une distance de près de 12 mm, sous l'action du chef supérieur
du ptérygoïdien latéral;
- rotation : le troisième temps réalise l'ouverture buccale
maximale ou forcée dans laquelle une nouvelle rotation amène
le condyle mandibulaire légèrement en avant du condyle temporal;
une exagération de ce temps entraîne une subluxation.
• Élévation de la mandibule Ce mouvement conduit à
la fermeture buccale sous l'action des muscles élévateurs,
essentiellement les fibres antérieures et moyennes du temporal
qui font glisser le bloc condylo-méniscal contre le plan oblique
du condyle temporal. En fin de course, les fibres postérieures
du temporal tirent la mandibule horizontalement en s'opposant à
l'apparition de pressions condyliennes. La fin de mouvement est l'occlusion
dentaire.
Mouvements antéro-postérieurs
• Propulsion 10 à 15 mm
Celle-ci conduit à la projection en avant de la mandibule, donc
du menton. Elle est impossible à partir de la position d'occlusion
centrée à cause de l'engrènement dentaire.
Elle nécessite un degré minimal d'ouverture buccale. La
propulsion s'effectue sous l'action simultanée
des ptérygoïdiens latéral et médiat. Il s'opère
alors un glissement du complexe ménisco-Condylien contre le plan
temporal. En fin de mouvement, la position de ce complexe est très
similaire à celle obtenue lors de l'ouverture buccale maximale.
Cemouvement est freiné par le ligament stylo-mandibulaire, le frein
méniscal postérieur et le tonus des muscles antagonistes.
• Rétropulsion
Celle-ci conduit au recul du menton et nécessite le désengrènement
des cuspides molaires, donc une ouverture buccale minimale. Elle s'effectue
sous l'action des fibres postérieures du temporal. D'amplitude
très limitée, elle amène très vite à
la butée des condyles contre la paroi antérieure du conduit
auditif externe.
Mouvements latéraux ou diductions (10-12mm)(figure
7) 
Ces mouvements portent le menton latéralement vers la droite ou
la gauche et ne sont possibles qu'après une ouverture buccale minimale.
Leur amplitude s'objective par la mesure du déplacement du point
interincisif inférieur qui décrit un arc de cercle avec
le plan sagittal. Elle est rapidement limitée par les tensions
ligamentaires et musculaires. Elle résulte de la contraction de
divers muscles:
- du côté < travaillant » : les fibres moyennes
et postérieures du temporal, du muscle digastrique, avec rotation
du condyle;
-du côté « non travaillant » : les fibres antérieures
du temporal, les muscles ptérygoïdiens latéral et médial
amenant un déplacement en avant, en bas et en dedans du condyle.
Il convient de noter que le ptérygoïdien latéral n'est
pas à proprement parler un muscle élévateur, bien
que rangé dans cette catégorie. On constate en effet qu'il
est propulseur tout comme le ptérygoïdien médial mais
qu'à la différence de celui-ci il est abaisseur de la mandibule
en particulier grâce à l'action de son chef supérieur.
C'est donc sur ce muscle abaisseur et propulseur que le rééducateur
devra porter toute son attention! Le ptérygoïdien latéral
remplit donc à lui seul les 2 conditions du désenclavement
condylien, clef de l'ouverture buccale.

Étude dynamique
Les théories résultant de l'étude des mouvements
de la mandibule sont nombreuses : Gysi avançant la théorie
des leviers, considère cette articulation comme un levier du 3e
genre dans lequel le condyle est le point d'appui, l'arcade dentaire la
résistance et les muscles masticateurs la force (figure 8). Robinson
a émis une théorie réflexe. Excluant le rôle
de point d'appui pour le condyle, elle repose sur deux études (figure
9) : - l'étude histologique du ménisque. L'évaluation
de sa capacité de résistance à la pression montre
qu'il ne peut supporter de fortes pressions tel que le ferait un cartilage
hyalin. Capable de régénération, il est vascularisé
en périphérie. La richesse d'innervation de la synoviale
et des ligaments renforce cette opinion par leur sensibilité aux
efforts de pression;

-la contraction des muscles masticateurs amenant à des pressions
de 30-70 kg est telle que cette puissance ne peut être supportée
que par les arcades dentaires.
APPAREIL MANDUCATEUR ET OCCLUSION
Étude statique
L'occlusion dentaire est une relation dento-dentaire
correspondant à un état statique établissant tous
les contacts possibles entre dents antagonistes. La position de référence
est l'occlusion en intercuspidation maximum qui réalise l'engrènement
complet des deux arcades et est la plus fréquente des nombreuses
positions mandibulaires.
La relation centrée
C'est la position la plus reculée de la mandibule par rapport au
maxillaire supérieur. Les condyles sont dans leur position la plus
postérieure mais non forcée dans la cavité glénoïde,
position à partir de laquelle on peut effectuer tout mouvement
latéral.
- stable au point de vue condylien;
- instable au point de vue dentaire;
- obtenue volontairement par contraction des muscles réfracteurs;
- obtenue par un examinateur les muscles étant relâchés.
L'occlusion en relation centrée
Elle s'obtient lorsque les condyles mandibulaires sont le plus haut et
le plus en arrière possible dans la cavité glénoïde
sans qu'il existe de mouvements de rétrusion.
L'occlusion centrée
Occlusion idéale, la fin du mouvement de relation centrée
aboutirait à une intercuspidation maximale. Cela suppose bien entendu
une parfaite harmonie entre les systèmes dentaires, osseux et neuro-musculaires.
L'occlusion de convenance
Position d'intercuspidation maximale obtenue par un léger glissement
en avant de la mandibule à partir de l'occlusion en relation centrée.
La position de repos mandibulaire
Elle correspond à un équilibre de tonus entre les muscles
élévateurs et abaisseurs pour lequel il n'y a aucun contact
dento-dentaire. Cette position de posture ou « test position »
est définie comme étant « la position dans laquelle
se trouve la mandibule par rapport au maxillaire supérieur quand
le patient est assis dans une position neutre, sans tension ». Indépendante
des relations occlusales, elle dépend de l'équilibre neuro-musculaire,
celui-ci étant susceptible de modifications en cours d'existence.
Certains auteurs font en outre intervenir
- l'élasticité musculaire;
- la résistance élastique des tissus rétrocondyliens;
- la différence de pression entre le milieu buccal et le milieu
extérieur.
L'espace libre en position de repos Cet espace libre ou « free way
space » est l'espace séparant les surfaces occlusales des
dents supérieures et inférieures lorsque la mandibule est
dans sa position physiologique de repos. Il est en moyenne de 2 mm au
niveau des prémolaires.
Étude dynamique
L'équilibre occluso-masticatoire
Posselt en 1951 a étudié l'inscription dans un plan sagittal
médian des déplacements du point interincisif médian
mandibulaire. Si l'on enregistre tous les mouvements centrés (abaissement,
élévation, rétropulsion et propulsion) dans toute
leur amplitude, on obtient un diagramme caractéristique pour n'importe
quel point de la mandibule, des condyles aux incisives (figure 10).
Point 1
Position de relation centrée. Au niveau de l'ATM: le condyle occupe
la position la plus reculée, la plus haute et la plus médiane.
Au niveau du muscles : contraction des élévateurs, les fibres
postérieures du temporal exercent leur action rétrusive.
Trajet point 1/point 2
Glissement des cuspides contre les plans inclinés des dents antagonistes,
c'est la position d'intercuspidation maximale. ATM: léger glissement
de la tête condylienne sous la face inférieure du ménisque.
Muscles : renforcement de la contraction des élévateurs;
ils peuvent alors exercer leur contraction maximale.
Trajet point 2/point 3
Abaissement de la mandibule et déplacement antérieur ou
antérolatéral, les cuspides quittent les fosses.
ATM : glissement vers l'avant et vers le bas du condyle, suivant la pente
du condyle temporal.
Muscles : action des muscles élévateurs et des ptérygoïdiens
latéraux.
Points 3- 4- 5
Ils se situent le long du tracé du proglissement jusqu'à
la position la plus avancée possible du menton.
ATM : glissement en avant et rotation des condyles d'où élévation
du corps de la mandibule; le condyle dépasse alors le sommet du
condyle temporal.
Muscles : contraction des protracteurs et des élévateurs.
Trajet point 1/point 6
Il représente la première partie du mouvement d'ouverture
en rotation pure (2,5 mm à 3 mm). L'axe de rotation de ce mouvement
« r » est fixe, situé au sein des condyles.
ATM: rotation pure.
Muscles : contraction des ptérygoïdiens latéraux, digastriques
et muscles hyoïdiens.
Trajet point 6/point 7
Il mène à l'ouverture maximale avec un mouvement complexe
de rotation, d'abaissement et de proglissement du condyle. L'axe de rotation
se trouve légèrement en arrière de l'épine
de Spix.
ATM: attraction du condyle en avant et en bas, et poursuite de la rotation
dans l'étage inférieur de l'articulation.
Muscles : contraction des muscles abaisseurs et des ptérygoïdiens
latéraux.
Trajet point 5/point 7
Cette courbe représente le mouve ment d'extrême ouverture
en proglissement. Les condyles mandibulaire et temporal entrent en contact.
L'enregistrement du diagramme de Posselt permet donc de reproduire un
mouvement d'ouverture en charnière. L'expérience répétée
plusieurs fois au cours d'un traitement peut éventuellement servir
de contrôle ou d'élément déterminant d'une
thérapie. Elle aurait en quelque sorte un intérêt
analogue aux mesures biométriques réalisées en kinésithérapie.
Fig. 6.
a) Mouvement mandibulaire combiné de rotation-translation ouverture buccale
supérieur à 20 mm. b) Mouvement temporo-mandibulaire combiné au cours
des deux phases de l'ouverture buccale.
Fig. 7.
Angle de Bennet formé avec le plan sagittal par le déplacement à gauche
du condyle droit dans le mouvement de latéralité. Le condyle
gauche n'effectue qu'une simple rotation.
Fig. 8.
Théorie de Gysi. La force F se décompose pendant la mastication
en 2 forces secondaire : R que Gysi appelle résultante condylienne,
F' qui est la résultante alimentaire.
Fig. 9.
Parallélogramme de Robinson, qui fait passer la résultante des forces
au niveau de la 1re molaire, donc la résultante R des forces masticatoires
s'exerce en totalité au niveau des arcades dentaires.
Fig. 10.
a) Mouvements limites de la mandibule enregistrés dans le plan sagittal.
b) Schéma de Posselt.