Théorie de l'occlusion myocentrée
Jusqu'à la dernière décennie
on considérait généralement comme idéale,
et l'on prenait comme référence l'occlusion en relation
centrée (O.R.C.) qui est une occlusion dentaire fondée sur
des relations strictement osseuses entre crâne et mandibule.
Or actuellement, les tenants de la théorie de l'occlusion myocentrée
(O.M.C.) attribuent un rôle essentiel au système neuro-musculaire
et non à l'articulation temporo-mandibulaire.
L'occlusion résulte de la contraction synergique des différents
muscles masticateurs. Le système neuromusculaire est donc le déterminant
fondamental de l'occlusion par opposition aux ATM et à la denture
qui ne sont que des éléments passifs. Les deux arcades dentaires
n'entrent normalement en contact que lors de la déglutition salivaire
et prandiale. La déglutition se fait en O.M.C. L'O.M.C. serait
une position antérieure par rapport à l'O.R.C., réalisant
un véritable équilibre entre les muscles, les dents et les
A.T.M.
Théorie de P. Caïx (figure 11)
Fig. 11.
a) Rétropulsion, b) Occlusion, c) Relation myocentrée (repos),
d) Début d'ouverture rotation pure, e) Position de crête instable,
f) Ouverture maximale, g) Position de fonction mastication.
Celui-ci décrit cinq positions de l'ATM:
Zone 1
Dite en rétropulsion qui met en rapport la crête condylienne
mandibulaire et le fond de la cavité glénoïde; réalisée
par un recul mandibulaire (2 chefs du ptérygoïdien latéral
relâchés)
Zone 2
Le disque a légèrement glissé en avant, suivant le
condyle; position de l'occlusion centrée : ptérygoïdien
latéral inférieur relâché et chef supérieur
légèrement actif (il contrôle le retour discal en
position d'occlusion).
Zone 3
Soit position de repos = position d'équilibre musculaire = position
dans laquelle la bouche s'entrouvre : la mandibule est suspendue en équilibre
musculaire elle est la position de la phonation. Soit position
de début d'ouverture (de 0 à 20 mm), le disque reste fixe,
le condyle fait une rotation seule, ceci nécessite le rattachement
du chef supérieur du ptérygoïdien latéral, mais
faible contraction du chef inférieur.
Zone 4
Ou position de crête, instable; le chef supérieur du ptérygoïdien
latéral est contracté partiellement pour compenser l'élasticité
de l'attache postérieure du disque et le chef inférieur
est relâché.
Zone 5
Elle donne une avancée, une ouverture importante (jusqu'à
45 mm) et met en rapport la crête condylienne avec la surface sous-temporale,
permettant l'action maximale des abaisseurs, le chef supérieur
du ptérygoïdien latéral est relâché, le
chef inférieur est en contraction maximale. Cette zone réalise
la position dite fonctionnelle, la seule qui permette la circumduction
mandibulaire (possible en propulsion). Elle est la position du cri ou
du chant.
Quelques notions s'imposent dès lors :
Le disque est indissociable du condyle dont il suit les mouvements passivement.
Le condyle est toujours en contact avec le même point du disque.
Le ligament collatéral latéral est essentiel dans la translation
antérieure dans laquelle le chef supérieur du ptérygoïdien
latéral a un rôle essentiel.
Afin de conclure sur la physiologie de l'A.T.M., nous dirons que le muscle
semble bien être l'élément actif essentiel du fonctionnement
mandibulaire aussi bien dans la mastication que dans les autres situations
physiologiques de relation inter-maxillaire. Si l'organe syndesmo-dentaire,
véritable palpeur, renseigne le muscle qui ajuste sa tension en
fonction des informations que lui transmet le trijumeau, les articulations
temporo-mandibulaires sont en outre des articulations suspendues, d'une
extrême mobilité, très sollicitées même
en dehors de la mastication (10.000 mouvements quotidiens), tributaires
de haubans musculaires très puissants, solidaires de l'articulé
dentaire, et fonctionnant en couple et en rotation.
EN CONCLUSION
L'articulation temporo-mandibulaire est particulière.
Elle est liée systématiquement à son homologue par
l'arc mandibulaire. Embryologiquement elle se définit comme une
suture crânio-faciale, phylogénétiquement non spécialisée
associant les trois degrés de liberté propres à chaque
espèce. Physiologiquement, la forme du disque (ou faux ménisque)
répond aux contraintes locales. Mécaniquement, les dérangements
sont très fréquents, souvent liés à sa complexité
et à la présence de sa troisième composante réalisant
une troisième articulation crânio-mandibulaire : à
savoir l'occlusion dentaire.
REMERCIEMENTS
à Michel Dufour pour la publication d'un extrait
de son ouvrage « Anatomie de l'appareil moteur - Tête et tronc
». Ed. Masson 2002, p. 134-7.
BIBLIOGRAPHIE
|
1 - Souchet A, Guilleret J. Anatomie. Lyon SIMEP Ed, 1971.
2 - Caix P. L'articulation temporo-mandibulaire et son vrai-faux
ménisque. Thèse. Amiens, 1991.
3 - Couly G, Brocheriou C, Vaillant JM. Les ménisques temporo-mandibulaires.
Rev Stomal 1975;76:303-10.
4 - Delmas A. Anatomie humaine descriptive, topographique et fonctionnelle.
Paris Masson, 1978.
5 - Delaire J, Billet J, Le Martret JC. Considérations sur
la physiologie du ménisque temporo-mandibulaire. Rev Stomatol
1974;75:447-54.
6 - Dotte JP. La rééduction des fractures du condyle
mandibulaire. Thèse Méd. Mont-pellier, 1985.
7 - Gola R, Chossegros C, Orthlieb JD. Syndrome Algo-Dysfonctionnel
de l'Appa-reil Manducateur. Paris : Masson, 1992.
8 - Hartmann F. Physiologie et physiopatho-logie de la mastication.
EMC, Paris, 1982.
9 - Hebting JM, Dotte JP. Rééducation des fracas de
la face. Paris : Masson, 1992.
10 - Lacote M, Chevalier AM, Miranda A, Bleton JP. Évaluation
clinique de la fonction musculaire. Paris : Maloine, 1990.
11 - Lavoue J. Topographie d'ensemble de l'anatomie tête et
cou. Paris : Prélat, 1979.
12 - Paturet G. Traité d'Anatomie humaine. Tome IV. Paris
: Masson, 1952.
13 - Posselt U. Physiologie de l'occlusion et réhabilitation.
Paris : Prélat, 1969.
14 - Rouviere H. Anatomie Humaine, Tome 1. Paris : Masson, 1967.
|
Partie
précédente