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Dernière mise à jour:
décembre 2007
 
 

LÉSIONS CUTANÉES D'HIER... ET D'AUJOURD'HUI (Partie II)


Après un bref historique du traitement des cicatrices, et après avoir détaillé les différentes techniques actuelles en jeu, les auteurs présentent les différentes formes de la physiothérapie associée et proposent un bilan des résultats.

PHYSIOTHÉRAPIE ASSOCIÉE
Le recours à des pommades n'a pas été abordé jusque là à dessein. Nous nous bornons principalement à utiliser du Cétavlon en fin de séance, à visée calmante, après la kinéplastie, lorsque celle-ci s'avère particulièrement rubéfiante.
L'emploi du terme kinéplastie implique l'utilisation de différentes techniques à l'heure actuelle bien codifiées et énumérées pour l'essentiel précédemment. A celles-ci, il faut désormais y ajouter le recours à la physiothérapie sous différentes formes :

La cryothérapie: intéressante pour plusieurs raisons [ 14]. elle diminue le seuil d'excitabilité des terminaisons nerveuses autour de la cicatrice permettant un travail plus précoce et plus confortable de celle-ci. Le froid a une action anti-inflammatoire indiscutable [12]. Il réalise, par action réflexe vasomotrice, une véritable gymnastique vasculaire autour de la cicatrice et en améliore ainsi la trophicité. Il est intéressant de noter que Lecroart [15] comparant les effets cutanés de la vessie de glace avec un appareil à azote liquide, a démontré que ce deuxième mode permet un abaissement plus important et plus rapide de la température du tissu cutané et sous-cutané. Il se produit une hyperémie réactionnelle au froid plus intense après refroidissement par l'azote liquide.

Les ultrasons peuvent être utilisés dès la fin de la 3ème semaine pour leurs effets antalgiques, anti-inflammatoires et défibrosants.

Les courants excitomoteurs : utilisés sur les muscles sous-jacents à la zone cicatricielle. Les effets sont multiples. La contraction musculaire par électrostimulation va permettre mécaniquement la mobilisation des différents plans cutanés, sous-cutanés et musculaires les uns par rapport aux autres, de recréer les plans de glissements et empêcher la formation de ponts fibreux rétractiles sous la cicatrice. Ceci est particulièrement important en postopératoire immédiat, période où les muscles sont sidérés et où toute contraction volontaire est impossible [16].
L'autre effet mécanique des contractions par électrostimulation est la mise en traction, non agressive, des fibres collagéniques néoformées au niveau de la cicatrice. Elles permettent une réorientation précoce dans le sens du mouvement des fibres collagéniques, une meilleure résistance de la cicatrice [17].
Enfin, l'afflux sanguin, généré par ces contractions induites, apporte substances et métabolites favorisant la cicatrisation.
Si cette physiothérapie a prouvé isolément son intérêt et sa validité, il faudra procéder à des études contrôlées afin de préciser l'intérêt de l'association kinéplastie-physiothérapie.

ÉVOLUTION DES RÉSULTATS
Nous avons choisi 4 années références en :
- sériant les pathologies,
- analysant les durées de traitement.
m = moyenne du nombre de séances pour la pathologie. (Cf tableau I ci-après)

 

CMF + répar.face

Ortho

Ch.Esthét.

ORL

OPH Ch.card.Th. Mors.Brûl. Abdo.

1988

32,5 %
m = 30,5

7,75%
m=31

18,4%
m=35
av L* = 16

7,75%
m=40

7,75%
m=30
6%
m=31
7,75%
m=32
12%
m=24

1997

56,6%

6,2%

18,5%

12,3%

6,3% 2,5% 4%  

1998

29,5%
m=18

5,8%
m=17

16%
m=11
av L* = 8,3

18,5%
m=16

11,2%
m=13
8%
m=18,5
5,7%
m=21
5,3%
m=15

1999**

13%
m=14

1,8%
m=27,5

26,3%
m=10,2
av L*
m = 5,4

27%
m=19

19%
m=14,3
4,3%
m=37%
7%
m=21,5
4,3%
m=17,4
L* = lifting
** : sur 9 mois 115 patients m géné. = 15,2
% : répartition en poucentage des divers types de chirurgie
m : moyenne en nombre de séances par traitement
av.L : moyenne en nombre de séances par traitement (en y intégrant les face-lift)

 

INDICATIONS

Rappelant les 3 grands principes qui nous guident tout au long d'un tel traitement [18] :
a - absence de complications
b - résultat fonctionnel
c - sanction esthétique
Nous affirmons qu'il s'agit d'un geste Cliquer pour agrandir l'image rééducatif et non simplement esthétique. A ce titre, la kinéplastie doit s’intégrer pleinement dans la prise en charge de tout patient opéré ou traumatisé.

En chirurgie cardio-thoracique [19], l’évolution de la cicatrice ayant une forte inclinaison vers la cicatrice pathologique, la sanction sera une gêne tant à la mobilisation des membres supérieurs qu’à l’inspiration forcée. La kinéplastie doit donc faire partie intégrante de la prise en charge de tels patients : massage manuel et instrumental. Massage hydrique et compression en cas d’évolution vers une cicatrice pathologique.

Cliquer pour agrandir l'image Cliquer pour agrandir l'image En chirurgie orbito-palpébrale [20] : la cicatrice verticale de la paupière se solde classiquement par une rétraction entraînant une exposition cornéenne. Une telle cicatrice relève impérativement d’une prise en charge par le kinéplasticien : massage manuel (en général à l’aide du bâtonnet et/ou du crochet) et instrumental associés à une rééducation des muscles de la mimique par un travail analytique précis devant la glace.

Cliquer pour agrandir l'image Cliquer pour agrandir l'image En chirurgie ORL [21], la résection de la langue (partielle) entraîne une bride qui amène à sa déviation et à une  limitation de mobilité. La kinéplastie sous forme de massage manuel punctiforme intra-buccal est impérative. Les interventions cervicales se soldant toujours spontanément par une déviation (le sujet « regarde » sa lésion) relèvent, outre d’une rééducation « classique » (respiratoire, de la ceinture scapulaire, voire de l'ouverture buccale) de kinéplastie : massage manuel et instrumental.

Cliquer pour agrandir l'image En chirurgie orthopédique, l'adhérence est un facteur de limitation de la récupération. Toute intervention articulaire ou péri-articulaire, pour le moins, relève de la kinéplastie dans le cadre d’un plan de rééducation classique sous forme de massage manuel et instrumental (voir éventuellement hydrique).

En traumatologie du sport, la récupération « at integrum » dans les meilleurs délais est un impératif. L'investissement psychologique par le sportif dans sa carrière est tel que tout retard ou toute séquelle a des répercussions préjudiciables sur la performance. La sanction financière de l’arrêt d’activité d’un sportif impose le délai le plus bref pour sa récupération. Toute lésion pouvant se sanctionner par une adhérence ou une limitation d’amplitude consécutive à une lésion cutanée exige donc le recours à la « panoplie » la plus complète du kinésithérapeute plasticien.

Cliquer pour agrandir l'image Cliquer pour agrandir l'image En chirurgie esthétique, domaine bien sûr à l\entière charge du client, le DLM en postopératoire immédiat est l’auxiliaire de choix du chirurgien. Dans la chirurgie des paupières ou des seins, les cicatrices bénéficieront d’une kinéplastie correctement pratiquée. Abdominoplastie et lipoaspiration relèvent de DLM, du massage manuel, instrumental et du réentraînement musculaire judicieusement pratiqué en temps utile.

Cette liste n’est nullement exhaustive. Toute cicatrice peut constituer une gêne fonctionnelle, compromettant de ce fait la bonne récupération. Elle constituera ainsi une indication réelle pour une kinéplastie correctement appliquée. Elle ne peut dès lors être assimilée à un geste superflu.

RÉPARTITION DES PATHOLOGIES

           1980 à 1988 :          80 pathologies cicatricielles en moyenne
            1988 :                      95 pathologies cicatricielles
            1997 :                      138 pathologies cicatricielles
            1998 :                      155 pathologies cicatricielles
            1999 :                      115 pathologies cicatricielles en 9 mois (Janvier-Septembre)
            1980 à 1988 :          75 % des cicatrices traitées relevaient de chirurgie maxillo-faciale (traumatologie de la face). Les 25 % restants provenaient de tous les autres domaines sans ligne clairement exploitable.
            1988 à 2000        Chirurgie maxillo-faciale en baisse 
                                                Morsures - brûlures constantes
                                                Chirurgie esthétique en augmentation
                                                Chirurgie cardio-thoracique en augmentation et ORL.

L'intérêt de mettre ces données en parallèle consiste en :
                        - l’analyse de l'évolution entre les pathologies
                        - la comparaison entre la durée moyenne des traitements.

Dans certaines pathologies, les résultats (de l’avis des chirurgiens) sont bien supérieurs à la déclaration du Prof. R.Vilain faite voici 40 ans. Nous rejoignons la conclusion du Dr A.Gary-Bobo [18]. Lors du congrès de SFCPRE, il a affirmé que ... « ..grâce à un traitement par kinéplastie correctement mené, nous pouvons affirmer que, non plus le quart mais bien plus de la moitié des cicatrices qui nous sont adressées pour une réintervention n’ont plus besoin de chirurgie ».

ÉVOLUTION DU TRAITEMENT

            1980 à 1988 :  La base du traitement consiste en 4 manœuvres principales du massage manuel (80 % de la séance) et recours occasionnel au massage instrumental et hydrique  (en cas de cicatrices pathologiques).
            1988 à 1993 : Recours à 50 % au massage instrumental et hydrique et à 50 % au massage manuel (équitablement répartis).
            1994 à 2000 : Le traitement est plus systématique avec le recours à toutes les techniques

La durée des traitements est extrêmement variable, les extrêmes étant :
                       - 3 séances en prise en charge immédiate (au lendemain de l’intervention en chirurgie esthétique : lifting, le seul « problème » consistant à résorber l’oedème).
                        - 72 séances en carcinologie en ORL.


La comparaison à 20 ans d’intervalle du déroulement des séances et des résultats obtenus nous amène à deux types de réflexion à l’examen du tableau 2 :
une évaluation grossière laisse à supposer (selon la diminution des reprises chirurgicales) que les résultats actuels sont bien meilleurs que ceux de la première décennie. Si le procédé semble actuellement valable, il requiert désormais une étude statistique validée.
une analyse des traitements en fonction des pathologies, montre une diminution supérieure à 50 % de leur durée alors que la durée de chaque séance a été ramenée de 35 à 25 minutes en moyenne.
ponctuellement, certains traitements plus longs (ex. en chirurgie cardio-thoracique) sont dus indéniablement à notre « spécialisation », amenant le chirurgien à nous adresser des cicatrices qui, jusque là ne « bénéficiaient pas » de prise en charge.

La description précise d’une séance type est malaisée. Chaque malade fait sa cicatrice. Le massage manuel intervient cependant pour 40 % et la vacuothérapie et les autres techniques pour 60 %. Ces types de manœuvres sont pratiquées alternativement, en fonction de la réactibilité des tissus. Il est bien entendu que chaque séance débute toujours par des techniques manuelles (sauf rares exceptions).
En début de traitement, le massage instrumental est effectué à puissance moyenne (150 mbar). La puissance va augmentant. En fin de traitement, le massage instrumental (qui compte pour 60 % de la séance) est pratiqué en traits transversaux et longitudinaux, rectilignes et/ou sinusoïdes, à puissance élevée (500 à 700 mbar).
Le massage hydrique intervient dans la kinéplastie décrite ci-dessus, en complément des 2 autres modes de massage dans la prise en charge (cf tableau 2)
                   - de cicatrices plus anciennes
                   - de cicatrices à évolution vers une cicatrice pathologique.

(Cf 3 schémas page suivante)

***RÉSULTAT

           Champs d'application
            L'analyse des lésions cutanées qu’il nous a été donné de traiter en 1998 (155 cas à titre personnel JMH en 1998) consiste en :
                       - chirurgie orthopédique                6%            (6,2% pour les 2000 premiers cas)
                       - brûlures et morsures                  6%            (4% pour les 2000 premiers cas)
                       - chirurgie cardio-thoracique         8%             (2,5% pour les 2000 premiers cas)
                       - chirurgie carcino-face et cou      19%            (12,3% pour les 2000 premiers cas)
                       - cicatrices faciales                      30%            (56% pour les 2000 premiers cas)

           Illustrations
Nous nous limitons à dessein à 2 exemples caractéristiques : le premier traité voici 12 ans, le deuxième traité récemment.

          Validité du procédé
Intégrés pleinement à l’équipe gérant la cicatrice, nous ne pouvons qu’abonder dans le sens du Pr R.Vilain et bien davantage encore du Dr A.Gary-Bobo.
Nul chirurgien plasticien ne conteste la validité de nos résultats. Bien lue, notre intervention devient partie intégrante de leur traitement.
La consécration a été obtenue par le recours à la kinéplastie par les chirurgiens cardiaques [19]. Rappelons que cette chirurgie a une fâcheuse tendance à produire des cicatrices pathologiques, qu’il s’agit d’une chirurgie à risques :
                        - de par sa localisation,
                        - de par l’importance de l’acte chirurgical.

Deux études permettent d’affirmer la nécessité d’une telle masso-kinésithérapie :
           en orthopédie (chirurgie du genou). Il y apparaît que toute effraction cutanée a une fâcheuse tendance à créer des adhérences. Elle doit donc relever impérativement d’une kinéplastie judicieusement pratiquée.
           en ORL, le patient a une fâcheuse tendance à « regarder » sa lésion. L’étude que nous avons menée fait ressortir indéniablement que toute kinéplastie :
                   - judicieusement menée
                   - en temps utile
se solde par une levée des adhérences (au moins partielle) et donc une correction de cette position (Cf bilans comparatifs – 21- et interactions évoquées ci-après).
Le champ d’application de celle-ci ne concerne plus seulement la chirurgie plastique, voire la chirurgie de la main, mais indiscutablement toute chirurgie orthopédique, chirurgie maxillo et cervico-faciale et cardiaque.

En chirurgie orthopédique [22]
Une étude a été menée par nos soins en prenant 2 groupes de 25 participants opérés du genou. En traumato-orthopédie, le traitement des cicatrices n’est pas une priorité absolue. Le plus souvent, ce sont les techniques de récupération d’amplitude articulaire et de renforcement musculaire qui retiennent l’attention. Pourtant, après un bilan minutieux des tissus mous, il peut apparaître une participation de cette cicatrice dans la limitation articulaire. Dès lors, il nous a semblé intéressant de pratiquer un protocole complet de kinéplastie chez des patients présentant des limitations articulaires dévolues au plan cutané et sous-cutané et d’en étudier l'impact exact. Ce traitement vient s’ajouter aux techniques manuelles et instrumentales habituelles. Si le retour au jeu articulaire le plus complet est l’intérêt principal, il ne faut pas omettre les aspects esthétiques, trophiques et analgésiques du traitement. Les résultats présentés ci-dessous portent sur les genoux mais il est évident que ce protocole de traitement des cicatrices s'applique également aux autres articulations et particulièrement aux épaules et chevilles.

BIBLIOGRAPHIE

12 - Deuser E. Das japanische Massagestäbchen in : Schnell Wieder Fit.Offenbach : Verlag Bintz/Dohany, 1973 ; 30-31.
13 - Eychenne B. Intérêt des douches filiformes dans l’évolution des cicatrices de brûlures.Thèse de Médecine Toulouse, 1990.
14 - Weill Bollaeck MR., Wilk A. La cryothérapie dans la kinéplastie : méthode ancienne ou technique révolutionnaire in : Rééducation .Paris : Expansion Scientifique Française, 1997 : 97-8.
15 - Lecroat JL., Deklunder G., Houdas Y. Dynamique de refroidissement sous cryothérapie par azote liquide vaporisée et par glace.Rapport Jet Cool 1990. Laboratoire de Physiologie, Faculté de Médecine, Lille ; 1-27.
16 - Pocholle M., Codine P. Intérêt de l’électrostimulation en postopératoire dans la lutte contre la raideur. Paris : Kinésithérapie Scientifique, 1996 ; 354 : 136-147.
17 - Fyfe L., Stanisch WC. The use of eccentric training and stretching in the treatment and prevention of tendon injuries.Clin. Sports Med. 1992 ; 11 : 601-24.
18 – Gary-Bobo A.., Hebting JM. Kinésithérapie des cicatrices. Paris : 41ème congrès de la SOFCPRE, 1996.
19 - Billottet O., Hebting JM., Albat B. Chirurgie thoracique et kinésithérapique in : Rééducation. Paris : Expansion Scientifique Française , 1995 : 51.
20 - Hebting JM., Varaud N., Jammet P. Chirurgie orbito-palpébrale et masso-kinésithérapie in Ann. Kinésithér. Paris : 1992, 19, 8, 429-431.
21 - Lorenzo S., Hebting JM., Allegre B., Arnoux-Sindt B., Guerrier B. Bilan de réadaptation après chirurgie en oto-rhino-laryngologie in : Rééducation.Paris : Expansion Scientifique Française, 1994 : 107-112.
22 - Pocholle M., Pierron G., Hebting JM. Intérêt et limites de la kinéplastie en traumato-orthopédie, application dans la chirurgie du genou in : Rééducation.Paris : Expansion Scientifique Française, 1997 : 90-93.


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